Ce que la vie m’apprend (inspiré de faits réels)°° Le silence qui éteint : Comment on finit par s’effacer dans son propre couple

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  • Dernière modification de la publication :17 mars 2026
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Scène de vie : ce que j’ai entendu à la table d’à côté

Cette fois, prenons une scène qui pourrait se passer dans un bar, un de ces endroits cool, alternatifs, où on se pose tranquillement. A la table juste à côté de moi, trois femmes, la cinquantaine bien assumée, ni jeunes ni vieilles, juste des femmes qui ont l’air de vivre leurs rides et leurs cheveux blancs sans se prendre la tête. Des femmes cool et vives.

Elles parlaient juste assez fort pour que j’attrape des morceaux de leur discussion sans forcer, récit d’une vie intime, en creux et en manque. C’est surtout l’une des trois qui parlait. Les autres l’écoutaient en hochant la tête, en glissant de temps en temps, un mot, une onomatopée. Cette femme racontait comment, après quinze ans avec un homme, et après leur rupture, elle se réveillait en plein questionnement :

Quand la sexualité devient un « script immuable »

Au début, leur vie sexuelle, c’était « bof. Pas terrible, pas horrible. Juste… là. Elle avait essayé d’en parler, parce que selon elle, la sensualité, ça se co-construit. « On pourrait essayer ci, on pourrait essayer ça… » La réponse du gars ? « À quoi bon ? On le fait, c’est tout. Il n’y a pas d’intérêt à parler de ça.«  Un mur. Et pas qu’au lit. Une sorte de mur partout. Le sentant fragile, elle allait même jusqu’à tenter de le rassurer, soulignant aimer la tendresse dans leur sexualité, espérant que ça le rendrait plus ouvert, moins sombre. Mais au fil des années, rien de tout cela n’est arrivé.

Alors elle a laissé faire. Les années ont passé. Les rapports sexuels sont devenus « le truc qu’on fait de temps en temps, toujours de la même façon, comme s’il y avait un script absolument immuable dans les gestes, dans l’unique position, comme une corvée qu’on cocherait très rapidement sur une liste ». Lui avait de plus en plus de problèmes d’érection, d’éjaculation précoce — « mais chut, interdit d’en parler« . Elle, elle se retrouvait murée dans un silence de plus en plus envahissant.

Un jour, elle a craqué. Elle lui a dit : « Ça ne va pas. Pour moi, et pour nous je crois, ça ne va pas. J’ai besoin de dialogue, de tendresse, de… quelque chose. Pas forcément du sexe, mais de la connexion. Et toi, physiquement, ça ne va pas non plus, alors il faudrait en parler. » Sa réponse ? « C’est de ta faute. » Classique. Alors elle a tenté une autre approche : « Et si c’était lié à ton âge ? À ta prostate ? » Il a fini par aller voir un médecin. « Mais sans en parler, bien sûr. Comme d’hab. Comme si le fait d’en discuter allait aggraver les choses. Comme si les mots étaient plus dangereux que le silence. »

Le mur du silence face aux tentatives de connexion, la solitude, l’esseulement dans le couple

Un détail m’a scotchée dans l’histoire que racontait cette femme : Un jour, il part en un long voyage d’affaire. Elle, elle en profite pour lui offrir un bouquin, un de ces manuels qui expliquent « comment faire l’amour quand l’érection ne suit pas« . Elle l’emballe soigneusement, y glisse des post-it avec des « ça, j’aimerais tellement«  ou des « tiens, et si on testait ça ? ». Elle lui offre avant son départ : « Ouvre-le pendant les vacances. » L’a-t’il seulement ouvert ? À son retour, elle lui demande : « Alors, tu en as pensé quoi ? » L’a-t’il seulement lu ? Silence. Silence, encore, et toujours.

Elle dit alors avoir compris qu’elle n’avait pas de place, que ses envies, ses besoins, ses questions… tout ça n’avait pas droit de cité. Alors elle s’est, elle aussi, enfoncée de plus en plus dans ce silence sombre. Elle détournait les yeux dès qu’un peu de tendresse perçait sur l’écran du cinéma ou de la télé, elle évitait les passages doux ou un peu hot dans les bouquins. Elle dit avoir fait comme si cette part d’elle n’existait plus. Comme si elle s’était… dissoute. Comme si un grand et lourd couvercle était posé sur toute sa sensibilté.« 

La dissociation ou l’art de se couper de soi-même, libido et silence émotionnel

Ce qui m’a frappée, c’est quand elle a parlé de « dissociation ». Pas la dissociation traumatique, juste une façon de se couper de soi-même, petit à petit, mais très en profondeur ,sans même s’en rendre compte. Ses copines lui ont alors dit : « Mais tu t’es oubliée, ma belle. »

Maintenant, ils sont séparés depuis quelques mois. Et elle s’étonne de son corps qui se réveille, comme si des connexions nerveuses redevenaient présentes, vivantes. De son corps qui a envie d’être touché, d’être regardé. De rire, de jouer, de… exister, quoi. Pas forcément pour du sexe. Juste pour lde a connexion, de l’intimité. Pour se sentir vivante.

Qu’avez-vous éteint d’autre en vous ? Se perdre dans une absence de relation

Et puis une de ses copines a lâché la phrase qui m’a fait dresser l’oreille : « Mais Sarah (nom d’emprunt), le vrai travail, ce n’est pas de retrouver ton désir. C’est de comprendre comment tu as fait pour l’éteindre pendant toutes ces années. Parce que si tu as pu éteindre ça… qu’est-ce que tu as bien pu éteindre d’autre ? »

Pourquoi cette histoire me hante ?

Parce que je l’entends, cette question, dans mon cabinet de consultation de psychologue clinicienne. Sous d’autres formes, avec d’autres mots, mais c’est toujours la même chose : comment en arrive-t-on à s’effacer ? Pas d’un coup. Pas par violence explicite. Juste… par habitude, par violence sourde, une sorte d’emprise …

Et toi, ça te parle ? Est-ce qu’il y a une part de toi que tu as rangée au placard, sans même t’en rendre compte ?

Une invitation à la reconnexion

**** Dans le prochain article, une liste de red flags que vous avez peut-être déjà vu flotter devant vos yeux sans vraiment les remarquer ! ET UNE LISTE BIEN PLUS LONGUE D’ACTIONS POUR SE SORTIR DE LA !!!

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°° Dans les trains, les bars, les lieux de passage, j’entends souvent des bribes de conversation, des échanges, des attitudes. Ces fragments de vie, ces éclats de voix, résonnent souvent avec ce que je rencontre en consultation. Ils m’inspirent, m’interpellent, et deviennent le point de départ de mes réflexions cliniques.

Aujourd’hui, c’est une dynamique particulière qui m’a frappée : celle d’une femme qui, sans même s’en rendre compte, s’est effacée de sa propre histoire. Ce n’est donc pas un cas clinique ni un témoignage brut, c’est une illustration de ce que le silence, l’absence de dialogue, peuvent produire dans ce qui ressemble à une relation. Voici donc une invitation à vous demander : quand est-ce que moi aussi, ai-je mis de côté une part si importante de moi-même ,

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