Les troubles de l’attachement sont souvent évoqués dans le champ de la psychologie du développement, mais leurs répercussions à l’âge adulte sont encore trop peu explorées. Pourtant, les récits de vie recueillis dans le cadre de recherches cliniques révèlent des traces persistantes de carences relationnelles précoces, qui continuent d’influencer les dynamiques affectives, les comportements et parfois même les trajectoires professionnelles.
🧠 La théorie de l’attachement : une base pour comprendre
Formulée par John Bowlby (1978), la théorie de l’attachement postule que le lien entre un enfant et son donneur de soins constitue la base de son développement socio-affectif. Ce lien se construit à travers des réponses sensibles et constantes aux besoins de l’enfant, lui permettant de développer un sentiment de sécurité intérieure. Ce sentiment devient un script relationnel, fait d’attentes conscientes et inconscientes, qui influence la confiance accordée aux autres.
Mary Ainsworth et ses collègues ont identifié plusieurs types d’attachement :
- Sécure : l’enfant cherche et obtient du réconfort, ce qui lui permet d’explorer le monde.
- Insécure-évitant : l’enfant minimise sa détresse, semblant indépendant.
- Insécure-ambivalent : l’enfant exagère sa détresse, exprimant une dépendance marquée.
- Insécure-désorganisé (Main & Solomon, 1986) : comportements incohérents, parfois évitants, parfois ambivalents.
🔍 Des troubles qui laissent des empreintes durables
Selon Sztajerowska, Schmiedel & Deneault (2020), un attachement défaillant peut mener à :
- Une permutation de figure d’attachement (ex. : grand-mère, tante, voisin).
- Des adaptations pathologiques :
- Trouble réactionnel de l’attachement : incapacité à initier des interactions sociales.
- Trouble de l’engagement social désinhibé : sociabilité indifférenciée.
Bien que ces troubles soient nosographiquement réservés à la petite enfance (DSM-5, CIM-11), les récits cliniques montrent que leurs effets peuvent perdurer. Ces manifestations ne relèvent pas d’un diagnostic formel à l’âge adulte, mais elles semblent hériter de schèmes d’attachement altérés, qui configurent les actes, les pensées et les espoirs des personnes.
🔄 Attachement et burn-out : une piste de réflexion
Une dérégulation affective et relationnelle peut engendrer un schéma répétitif et fermé, laissant peu d’échappatoires. Le burn-out pourrait en être l’ultime réponse. Chez les personnes avec un attachement sécure, ce cercle vicieux ne s’enclenche pas : elles mobilisent des ressources internes et relationnelles pour faire face aux vicissitudes de la vie.
🌱 Des leviers de résilience : le soin, le bénévolat, la relation
Chez plusieurs participants à notre recherche, l’investissement dans le bénévolat apparaît comme un levier de sortie du burn-out. Une étude menée en 2019 par l’UCLouvain et la Mutualité chrétienne sur plus de 7000 personnes montre que l’engagement social favorise le sentiment de santé et d’épanouissement.
Cette dynamique pourrait être éclairée par le circuit Care étudié par Jaak Panksepp (1998), qui montre que prendre soin d’autrui est un besoin fondamental, inscrit neurologiquement dans notre structure cérébrale. À travers la relation thérapeutique, le cadre sécurisé, l’écoute empathique, mais aussi les activités de soutien (humain, animal, symbolique), le sujet peut retrouver sa capacité à ressentir, à être touché, à s’émouvoir — là où le sur-engagement l’avait anesthésiée.
🔗 Cet article s’inscrit dans une réflexion plus large sur les liens entre attachement, souffrance psychique et trajectoires de vie. Il est inspiré de mon Mémoire de Recherche qualitative dans le cadre de mon master 2 en psychologie clinique.
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