Définir le burn-out : une crise plurielle, entre épuisement et quête de sens

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  • Dernière modification de la publication :10 octobre 2025
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Le burn-out est un phénomène complexe, aux multiples facettes, qui résiste aux définitions simplistes. Il ne se réduit ni à une fatigue passagère, ni à une pathologie clairement identifiée. Il est à la fois expérience subjective, syndrome clinique, symptôme social, et enjeu politique.

📚 Une origine littéraire révélatrice

Le terme « burn-out » apparaît pour la première fois dans le roman A Burn-Out Case de Graham Greene (1960). L’auteur y décrit la désintégration psychique d’un homme épuisé par sa vie professionnelle, en quête de régénération. Cette dimension existentielle inspire Pascal Chabot (2013), qui voit dans le burn-out une mise à nu de l’élan vital, une tentative de transformation empêchée, une crise du sens.

🧠 Des définitions cliniques en tension

Herbert Freudenberger (1974), dans son article fondateur, décrit le burn-out comme un épuisement émotionnel lié à un investissement excessif, notamment dans les métiers de l’aide. Christina Maslach, avec son célèbre Maslach Burnout Inventory, propose une modélisation en trois dimensions :

  • épuisement émotionnel,
  • dépersonnalisation,
  • réduction de l’accomplissement personnel.

Cette approche, bien qu’influente, est critiquée pour sa focalisation sur l’individu, au détriment des facteurs organisationnels et sociaux.

🏢 Une lecture socio-clinique du burn-out

Des auteurs comme Christophe Dejours (2000) et Thomas Périlleux (2016, 2023) proposent une lecture plus globale : le burn-out serait le reflet d’un système pathogène, une protestation silencieuse contre des conditions de travail déshumanisantes. Périlleux parle d’un miroir social, révélant les contradictions d’un monde du travail fondé sur la performance, la flexibilité et la rentabilité.

📋 Une reconnaissance nosographique ambiguë

Sur le plan diagnostique, le burn-out n’est pas reconnu par le DSM-5, et n’apparaît dans la CIM-11 que comme un syndrome lié au stress professionnel chronique. Cette absence de reconnaissance renforce l’ambiguïté du burn-out : est-ce une maladie, un état, un processus, une crise ?

Guseva Canu et al. (2021) proposent une définition harmonisée :

« un état d’épuisement physique et émotionnel dû à une exposition prolongée à des problèmes liés au travail ».

🔍 Une souffrance contextuelle et silencieuse

Le burn-out se distingue de la dépression par sa dimension contextuelle : il est souvent lié à un conflit de valeurs, à une perte de sens dans l’activité professionnelle, à une désarticulation entre l’engagement subjectif et la reconnaissance institutionnelle.

Il peut coexister avec des troubles anxieux, des troubles du sommeil, ou des états dissociatifs, mais il possède une temporalité propre, souvent insidieuse, marquée par une progression silencieuse vers l’effondrement.


🔗 Cet article s’inscrit dans une série de réflexions sur la santé mentale et les trajectoires de vie. Il est inspiré de mon Mémoire de Recherche qualitative de Master 2 en psychologie clinique
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